C'est à un moment où l'on s'arrête de rêver que l'on se rend compte peut-être de la vérité.
Écoute comme le silence se reflète sur l'eau qui nous entoure.
Non, garde les yeux fermés. Pourquoi? Parce que si tu les rouvres, tu ne pourras plus voir le vide qui est en toi. Un peu comme le pays imaginaire. Tu y vas, tu ne grandis pas et tu contemples; mais si tu t'en vas, tu ne peux plus jamais y revenir et tu te poses des tas de questions auxquelles tu ne trouveras jamais de réponses...
Pourquoi j'ai ce sentiment de déconnexion qui fait qu'il me semble que tout, autour de moi est comme voilé,fruit insensé de mon imagination, que je ne suis que spectatrice de ce que je vois mais que je suis invisible? J'aime ce sentiment.
Impression de disparaître, se fondre dans le décor, absorber, imaginer, créer...
Tout se dédouble dans l'eau, tout se dédouble dans mes yeux, j'affute mes sens, le moindre son, le moindre détail ne m'échappe plus.
Idéaux prématurés, histoires impies, illusion de n'être qu'une âme, un esprit vagabo, parallèle à un monde. M'infiltrer dans la vie de chacun, leur inventer un destin, leurs chagrins, leurs angoisse, leurs rêves, leurs joies...
Inexorable sensation de douceur qui nous inhibe comme une drogue, tel un fantasme refoulé, telle une utopie réinventée...
Un homme âgé, seul sur un banc, attendant dans un parc. Combien de temps va-t-il rester? Depuis combien de temps est-il assis là? Je ne sais pas.
Un autre homme âgé le rejoint. Peut-être parlent-ils du monde, du temps qui passe, de la jeunesse en face d'eux qui, au nombre de 4, assise sur une table de pique-nique, doit probablement refaire le monde entre deux cours, fumer la première cigarette ou premier joint, peut-être à parler des vacances qui approches, de la fête de ce soir...
Et moi, seule sur mon banc, en face de l'eau, tue le temps en écrivant des histoires sans aucun sens, au fil de ma plume et qui croit être invisible pour le reste du monde et en est fière...
Voilà un bien drôle de tableau que vous venez de nous peindre monsieur l'artiste. A quoi bon chercher l'illusion, le magnifique dans le plus profond coin de notre imagination, quand on peut la trouver juste au bout de notre nez?
une poule d'eau, deux poules d'eau, trois poules d'eau, une pie et un canard...Intéressant non?
Et il y a cette femme en face de moi. Elle m'intrigue. De l'autre côté de l'eau, derrière un grillage. A côté d'un gros ballon rouge. Elle rie, elle pleure, seule.
Avec un bâton, elle essai d'attraper quelque chose de rouge de l'autre côté du grillage. Elle a l'air désespérée de ne pas réussir à l'attraper.
Derrière elle, des préfabriqués gris, à l'allure monotone.Mais avec des fenêtres cachées de papier aux couleurs vives. Elle est âgée.Elle a enfin réussi à attraper le mystérieux objet. Elle fait deux pas et pour une raison que je ne m'explique pas, elle le rejète de l'autre côté. Elle crie, elle tremble et essai de nouveau de le récupérer avec autant de peine que la fois précédente.
Elle rit, elle pousse des cris rauques et tremblants. Un moment elle rit, nu moment elle agonise. Elle est seule. Seule dans son monde à elle... Et moi je l'observe. J'aime l'observer. Elle m'intéresse encore plus que n'importe qui dans ce parc. Je ne saurai dire pourquoi elle m'intrigue tant.
Elle semble avoir détourné son attention de l'objet rouge et a disparue derrière les feuillages de la haie qui était derrière elle. Je ne l'entend plus que par le bruit des feuilles. Elle sort et tient une sorte de lanière noire avec laquelle elle s'amuse. Elle la balance sans la lâcher et elle repart vers les préfabriqués.
Il est temps pour moi de m'en aller. Elle disparait derrière l'une des portes.
Moi aussi je doit disparaître...
L'un des deux hommes est reparti, la jeunesse aussi...L'autre homme, seul, fait des mots croisés...